Un curé dans la famille (2e partie)

Recteur de La Gouesnière (1888-1917)

Dans la première partie, je vous ai détaillé le parcours de Jules REVEL, de sa naissance jusqu’à sa nomination à la tête de la paroisse de La Gouesnière, non loin de Saint-Malo. Découvrons maintenant son implication active dans la vie de ce village, pendant près de trente ans.egliseEn 1888, le bourg de la Gouesnière compte moins d’un millier d’habitants (861 âmes en 1891) et est dirigé par la noble famille de Kergariou, qui a racheté en 1842 le château de Bonaban, situé à quelques centaines de mètres de l’église paroissiale. Le recteur REVEL s’installe quant à lui au presbytère, récemment reconstruit. Vous pouvez découvrir en détail son lieu de vie dans la partie intitulée Le presbytère de La Gouesnière.

Les trésors du « livre de paroisse »

C’est grâce à un « livre de paroisse » bien tenu et conservé (consultable à la fois aux archives diocésaines et aux AD) que je suis aujourd’hui en mesure d’énumérer les nombreuses actions que mena mon arrière-arrière-grand-oncle Jules REVEL, qu’elles soient d’ordre laïc ou religieux.

Ainsi, non content que la commune possède déjà sa propre gare sur la ligne Rennes/Saint-Malo depuis 1864 (certes un peu excentrée par rapport au cœur du bourg), c’est « à la prière de M. Revel, recteur de la Gouesnière, [que] M. le comte Christian de Kergariou, maire de la Gouesnière, a fait, de concert avec M. le général baron de Charette, des démarches auprès de la direction de la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest pour obtenir un arrêt au passage à niveau auprès du bourg. Cet arrêt a été ouvert le mercredi 1er octobre 1890.»

Le 11 octobre 1890, le recteur REVEL demande l’érection des stations du chemin de croix dans son église paroissiale. La requête est d’importance puisqu’elle est accordée deux jours plus tard, le 13 octobre, par le cardinal Place, et que le tout sera installé dès le 23 octobre !interieur-eglise

En mai 1894, le recteur REVEL, choisi par Mgr l’Archevêque de Rennes, préside un pèlerinage de 550 personnes (dont 50 malades) à Lourdes.
Il faut dire que depuis les apparitions de 1858, la grotte de Massabielle attire les foules, profitant de l’essor du chemin de fer. Le clou de ce pèlerinage, rapporté dans le Journal de Lourdes du dimanche 13 mai 1894, sera sans aucun doute la guérison de Marie Bouillon, « incapable de faire un pas sans l’aide d’un bâton ou le bras d’une personne », qui, après trois bains, se releva guérie !La Vierge du Bois-Renou

À son retour de pèlerinage, le recteur REVEL demande au comte Christian de KERGARIOU, maire du village, s’il serait possible d’ériger une statue de la Vierge sur ses terres, au lieu-dit du Bois-Renou. Une belle histoire que vous pouvez découvrir dans la partie intitulée Notre-Dame du Bois-Renou et qui constitue sans nul doute le point d’orgue de la carrière religieuse de Jules REVEL.

Aimé de ses paroissiens et respecté par les personnalités les plus en vue du village, le recteur REVEL occupe une place centrale au sein de la commune, comme en témoigne l’épisode suivant : lors de l’inauguration de la ligne télégraphique à La Gouesnière, le dimanche 25 septembre 1898, « on a demandé à M. Revel, recteur de la paroisse, d’envoyer la première dépêche. Celui-ci a accueilli bien volontiers cette demande et a adressé au Vénérable Monseigneur Collet, curé de Saint-Servan, la dépêche suivante :
“À Monseigneur Collet, curé St-Servan. Regi saeculorum immortali et invisibili, soli Deo honor et gloria. Revel.” » (extrait de la première épître de saint Paul apôtre à Timothée, I, 17, qui se traduit par « au Roi des siècles, immortel et invisible, à l’unique Dieu, honneur et gloire »).

Les précieux apports de la presse locale

Cette position centrale de l’homme de Dieu dans la vie du village va être remise en question en 1906 avec la loi de séparation de l’Église et de l’État.
En Bretagne, terre profondément catholique, cela ne se fera pas sans heurts. Partout, la population s’oppose au préfet et aux gendarmes venus réaliser
les inventaires demandés par le gouvernement. La Gouesnière ne fait pas Inventaire 1906 Saint-Servanexception, comme le confirme
cet article publié dans le journal
Le Salut des 6 et 7 mars 1906 : après une première tentative solitaire le samedi 3 mars, le percepteur revient le lundi 5, cette fois accompagné des gendarmes. Ils sont accueillis par
une foule de plus 500 personnes, « massées autour de leur église. Revêtu du surplis et portant l’étole violette, M. le Recteur vient se placer à la porte de son église. M. le capitaine de gendarmerie demande à
M. le Curé s’il veut bien consentir à ouvrir les portes de l’église. M. le Curé répond négativement. La foule entonne des cantiques. »
Après avoir écouté la réquisition du percepteur, le recteur répond : « Monsieur, vous venez au nom de l’État faire l’inventaire des biens de l’église paroissiale de La Gouesnière. Cette église n’appartient pas à l’État […]. Si l’État n’a aucun droit sur cette église, il n’en a pas davantage sur ses biens […]. Je proteste donc contre l’inventaire que vous vous proposez de faire, au nom de mes paroissiens, […] et je suis fier d’être à la tête d’une population si chrétienne et si vaillante […] Ne comptez pas, Monsieur, que je coopère en rien à ce qui, je le crains, n’est que le prélude des spoliations futures. Je vous déclare que vous n’entrerez dans mon église que malgré moi, par la force et la violence. » Après avoir demandé une nouvelle fois au recteur d’obtempérer, « le policier Gérard demande alors à M. le Curé de lui indiquer la porte la plus facile à forcer. Il faut éviter les dégâts. M. le Curé lui refuse la moindre indication. Le crocheteur en chef choisit la porte de la sacristie, à laquelle s’attaque les sapeurs. La porte tombe bientôt, mais elle a été murée de l’intérieur[…]. [Le mur détruit], apparut, à travers la baie ouverte, un fouillis de ronces et d’ajoncs qui constituaient une muraille infranchissable. Les sapeurs se déchirent les mains à enlever ce nouvel obstacle. [Une fois dans l’église, ils constatent] que toutes les portes ont été solidement barricadées et que toutes leur auraient donné autant de besogne que celle qu’ils viennent de démolir […]. L’inventaire est fait très rapidement […], M. le Curé proteste et refuse de signer. » Un épisode qui résume à lui seul le climat ambiant de l’époque…

Quand la recherche fait place à l’émotion

Enfin, en étudiant avec attention la presse de l’époque, j’ai également eu le bonheur de découvrir des détails inespérés sur mon arrière-arrière-grand-oncle, Jules REVEL. J’ai pu réunir de très nombreux extraits de discours qu’il prononça en diverses occasions (comme lors des inventaires), mais c’est celui de sa nomination à la tête de la paroisse de La Gouesnière qui démontre l’ampleur de sa vocation et de sa foi. Il se terminait en effet par ces mots : « Donnez-moi vos âmes pour que je les conduise au ciel ! » Un sacré programme !

L’instant le plus émouvant reste néanmoins celui de la découverte du son de sa voix ! Non, aucun discours du recteur REVEL n’a été enregistré, mais parfois, un journaliste arrive à retranscrire bien des choses en peu de mots : « de cette voix chaude et pénétrante qu’on lui connaît et où résonnent les accents de l’émotion et de la foi, M. l’abbé Revel adresse quelques exhortations aux pèlerins. » On croirait l’entendre, n’est-ce pas ? Avis décès Julien REVEL

Enfin, après quasiment trente ans de bons et loyaux services dans la paroisse de La Gouesnière, le recteur REVEL s’éteindra, au presbytère
qui lui tenait lieu de domicile,
le 1er août 1917 à l’âge de 73 ans.

Tombe de Jules Revel La GouesniereJules (ou Julien pour l’état civil) REVEL a été inhumé au cimetière de La Gouesnière où sa tombe est toujours visible. Pour une raison qui m’échappe encore à l’heure où j’écris ces lignes (temps de guerre, manque de moyen ou simple humilité ?), le bon recteur partage à jamais la tombe d’un de ses prédécesseurs, le recteur VROMET.

Je tiens ici à adresser des remerciements particuliers à deux membres de l’association des anciens élèves de La Gouesnière  : Loïc Pinson-Desaize, qui m’a fourni de précieux documents sur le recteur REVEL, et Roger Sorre, qui m’a guidée sur les traces de cet ancêtre indirect le temps d’une journée d’août 2015 ensoleillée.

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