Signé CARDIN (de 1778 à 1942)

L’étude des signatures de nos ancêtres est un exercice intéressant à plus d’un titre. Voici celle de ma lignée agnatique, depuis l’apprentissage du geste.

Lorsqu’on fait de la généalogie, il est important de changer régulièrement de perspective, ce qui permet d’envisager l’histoire familiale sous un autre angle, forcément complémentaire. J’ai aujourd’hui choisi de revoir ma lignée agnatique, celle dont je porte le nom, en me basant sur les signatures de mes ancêtres. En quoi celles-ci vont-elles m’apprendre des choses sur ce qu’ils étaient ? C’est ce que je vous propose de découvrir maintenant.

La première signature

Le premier de mes ancêtres CARDIN à signer la page d’un registre est Pierre Laurent CARDIN (1746-1804). Lorsqu’il se marie, en 1776, avec Marguerite PAIGNON, Pierre CARDIN ne sait pas encore écrire son nom, puisque sa signature ne figure pas sur le registre paroissial. En revanche, celle de son épouse, bien que très mal tracée, est lisible.

mariage-cardin-paignon-1776-signaturesLe père et le frère de la mariée, tous deux nommés Laurent PAIGNON (malgré deux orthographes différentes : Laurans pour l’un, Laurant pour l’autre), signent à ses côtés. Outre la signature du recteur (Bertrand), on note également celles de François GILLET et de Louis DERON, tous deux en lien avec la famille de l’épousée. Côté CARDIN, c’est le néant, comme le précise le curé : « Gilles CARDIN, également que ledit Pierre CARDIN, son fils, a déclaré ne savoir signer ».

De tout cela, on peut tirer un premier constat : la branche PAIGNON est plus éduquée que la lignée CARDIN. Ce qui se confirme lorsqu’on regarde avec attention les professions de chacun : Pierre CARDIN est un simple charpentier, alors que son beau-frère, Laurent PAIGNON fils, est tailleur d’habits. De même, le témoin de la mariée est appelé « maître François GILLET », ce qui laisse supposer un certain statut. Pierre CARDIN est lui issu d’une lignée de métayers et laboureurs. Qu’il fasse partie de la première génération à s’extraire de ce statut de paysan pour adopter un métier artisanal va aller de pair avec son apprentissage de l’écriture.

Pierre CARDIN va en effet apprendre à signer son nom, peut-être sous l’impulsion de son épouse, en moins de deux ans !

Lorsque son fils aîné voit le jour, fin 1776, le père ne signe toujours pas. Mais à la naissance du puîné, en juin 1778, la signature de Pierre CARDIN, très maladroite certes, est néanmoins fièrement apposée.

signature-pl-cardin1erLà encore, si on la compare à celles du parrain (Jean CARDIN, frère de Pierre, et boulanger de profession) et de la marraine (Renée PAIGNON, sœur de Marguerite), on s’aperçoit aisément que l’écriture de ces derniers est plus fluide et mieux maîtrisée que celle du père. Mais peu importe, Pierre CARDIN sait désormais signer et l’on retrouvera sa signature sur chacun des actes de baptême de ses enfants à venir.

Un apprentissage qui se généralise

Le fils aîné de Pierre Laurent CARDIN porte les mêmes prénoms que son père. Comme lui, il devient charpentier et épouse, le 6 Messidor An XIII (25 juin 1805), Marie BLANCHET. Leur acte de mariage, inscrit sur un registre dorénavant imprimé, nous offre la plus belle collection de signatures CARDIN qui soit : on y voit celle du marié bien sûr, mais aussi celles de ses frères, Joseph, François et Jacques, ainsi que celle de son oncle Jean, le boulanger.

signatures-mariage-cardin-blanchetCette fois, c’est la famille de la mariée qui se révèle moins éduquée (Marie Blanchet et son père « ont déclaré ne savoir signer »). Chez les CARDIN, on note encore un décalage entre les signatures de Jean et Joseph, claires et bien formées, et celles, plus laborieuses, des autres hommes de la fratrie. Des différences qui s’expliquent en grande partie par la profession de chacun d’eux (les plus maladroites sont l’œuvre de petits artisans). Néanmoins, tous sont en mesure de signer leur nom, ce qui n’était pas le cas à la génération précédente !

Les signatures suivent l’évolution sociale

Les générations suivantes vont peu à peu s’élever sur l’échelle sociale et
les signatures vont devenir de plus en plus affirmées, comme le montre le
« tableau » ci-dessous qui met en regard signature et profession.

signature-victor-mo-cardinVictor Marie Olivier CARDIN,
(1816-1889),
préposé des Douanes

signature-vpy-cardinVictor Pierre Yves CARDIN,
(1848-1916),
caissier à la Caisse d’Épargne

signature-vmj-cardinVictor Marie Julien CARDIN,
(1885-1944),
ingénieur mécanicien dans la Marine

 

signature-pierre-cardinPierre Louis Victor CARDIN,
(1913-1942),
lieutenant au 27e escadron du Train

 

 

Sur sept générations, ma famille est donc passée par presque tous les stades de qualité graphique des signatures qu’évoque Thierry Sabot dans son ouvrage consacré à l’apprentissage du geste.
Niveau 0 : ne sait pas signer – Gilles CARDIN (1708-1787)
Niveau 2 : apprend à signer sans savoir pour autant écrire –
Pierre CARDIN père (1746-1804) et Pierre CARDIN fils (1776-1841)
Niveau 4 : lit et écrit avec efforts – Victor CARDIN père (1816-1889)
Niveau 6 : lit et écrit parfaitement –
Victor CARDIN fils (1848-1916) et Victor CARDIN petit-fils (1885-1944)
Niveau 7 : signature moderne – Pierre CARDIN (1913-1942)
Ces signatures soulignent sans aucun doute l’évolution sociale de la lignée au fil des siècles. Mais le plus intéressant à mes yeux reste de voir que c’est probablement une femme qui a donné l’impulsion initiale pour apprendre à signer. Un « apport féminin » que l’on retrouve dans de nombreux autres aspects de ma généalogie, mais ceci est une autre histoire !

 

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2 réflexions sur “Signé CARDIN (de 1778 à 1942)

  1. Je recherche toujours la plus belle signature de mes ancêtres (quand elle existe) pour illustrer mon arbre, vue que je n’ai pas de photos. Mais je n’avais jamais songé à les analyser de plus près et dans le temps. Merci de nous montrer le mérite d’une telle analyse.

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