Saint-Malo 1944 : l’épicerie de la rue Thévenard

Ma famille paternelle est originaire de Saint-Malo, une ville rasée à 80% par les bombardements alliés du mois d’août 1944. Une occasion toute trouvée de me pencher sur les archives des « dommages de guerre ».

Avant guerre

Ma famille fut propriétaire de 1842 à 1943 d’un petit immeuble situé au 10 rue Thévenard à Saint-Malo. Malgré un changement de nom au fil du temps (avant 1839, la rue s’appelait Rue des Herbes), j’ai pu localiser très précisément le bâtiment. Sur le cadastre napoléonien de la ville, la parcelle en question porte le n°328.

Cadastre napoléonien St-MaloDivers actes notariés m’ont permis d’ obtenir une description fiable de ce petit immeuble. La plus détaillée précise qu’il s’agit d’une « maison entière, sise à Saint-Malo, à l’angle de la rue Thévenard sur laquelle elle porte le n°10 et de la rue des Lauriers, élevée sur caves d’un rez-de-chaussée à usage de commerce et d’habitation, de trois étages avec greniers au-dessus. Ladite maison construite en pierres, couvertes en ardoises figurant au cadastre sous le n°328 de la Section A pour une contenance de 52 centiares (soit 52m2)  ». 

En revanche, malgré de longues recherches, je n’ai pu trouver aucune carte postale ou photographie ancienne montrant la rue ou le bâtiment. C’est pourquoi, bien que l’immeuble ait été revendu par ma famille en 1943, j’ai décidé de me pencher sur les archives des dommages de guerre, espérant y découvrir une photo de la « maison », avant et/ou après destruction.

La destruction de Saint-Malo

Début août 1944, les bombardements alliés détruisaient la plus grande partie de la ville de Saint-Malo intra-muros. Bien que la partie ouest de la rue Thévenard ait été relativement préservée, l’îlot auquel appartenait la maison de famille a lui complètement disparu.

St-Malo raséeCette photo aérienne de la ville rasée permet de constater que le lot 328 (indiqué en rouge) est à la limite de la zone épargnée. Ce qu’on appelle la faute à pas de chance…

Le dossier d’indemnisation

Si vous avez lu attentivement ce qui précède, vous aurez sûrement noté qu’une partie du rez-de-chaussée de l’immeuble était à usage de commerce. Il s’agissait d’une petite épicerie, tenue par plusieurs femmes de ma famille au fil du temps et reprise en 1923 par une certaine Marie Boulain, femme Pinsard. Après les bombardements, Léon Pinsard dépose « pour son épouse » une demande d’indemnisation concernant le magasin détruit. Le dossier est conservé aux AD35 sous la cote 48 W 1037.

À l’intérieur, aucune photo (petite déception personnelle), mais deux plans sommaires de l’épicerie.

plans du magasin Si certains points diffèrent d’un plan à l’autre (emplacement de la porte de l’arrière-boutique par exemple), ils me permettent néanmoins de conclure que la cage d’escalier qui desservait les étages se trouvait dans l’angle nord-ouest de l’immeuble (quand on a aussi peu d’infos, tout est bon à prendre !).
Le dossier précise également les dimensions de l’épicerie en 1944 : « le local d’exploitation se composait d’un magasin de 6,25 x 4,50 m », ce qui correspond à une surface de 28m2. Rappelons que la surface au sol de l’immeuble était de 52m2. Restait donc une « moitié » de rez-de-chaussée habitable, d’environ 24m2.

En ce qui concerne les éventuels apports à ma recherche familiale, impossible d’en tirer davantage. En revanche, le dossier contient une description minutieuse de l’épicerie, qui permet d’imaginer parfaitement ce à quoi elle pouvait ressembler à l’époque.

description-epicerie
Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Pour la petite histoire, notons enfin que l’épicerie de la famille Pinsard sera provisoirement réinstallée dans la Cité commerciale de Rocabey, un quartier extra-muros de Saint-Malo, et qu’un retour du commerce à son emplacement d’origine (une fois le local reconstruit) est évoqué dans un document de 1954. Mais rien n’indique que ce fut effectivement le cas…. Je suis donc preneuse de tout témoignage pouvant confirmer ce retour de l’épicerie !
Quant au montant de l’indemnisation, il s’éleva à 119 161 francs et fut versé en mai 1955, plus de dix ans après la destruction de l’épicerie.

Voici donc ce que m’a appris cette recherche dans les archives des dommages de guerre. Si elle n’a pas révélé les documents iconographiques que j’espérais, j’ai néanmoins appris de nombreuses choses sur l’épicerie Pinsard, me permettant de mieux imaginer à quoi le commerce pouvait ressembler trente ans plus tôt, lorsqu’il était encore tenu par mes arrière-arrière-grands-tantes. Si jamais, par le plus grand des hasards (mais, à l’heure d’Internet, tout est possible !), un descendant du couple Pinsard venait à lire ses lignes et possédait dans ses archives personnelles des photos de l’épicerie et de l’immeuble, je serais évidemment ravie qu’il me contacte ! Alors, à bientôt peut-être pour la suite de l’histoire…

 

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2 réflexions sur “Saint-Malo 1944 : l’épicerie de la rue Thévenard

  1. Avez-vous songé aux innombrables cartes postales ? On photographiait et rephotographiait tous les coins d’une ville pour en produire… J’ai ainsi retrouvé de nombreux clichés du quartier où j’habite à Bruxelles et qui n’a RIEN de particulier. Il faut dire qu’avec trois ou quatre distributions de courrier journalières, et dans un temps où tout le monde n’avait pas le téléphone (je ne parle pas des emails…), on envoyait une carte le matin pour inviter quelqu’un à passer chez vous l’après-midi ! Les archives départementales ou des sites de vente aux enchères (delcampe ou e-bay par exemple) pourraient vous amener quelque chose.
    Avez-vous aussi songé aux archives des travaux publics de la municipalité ? Chaque fois qu’on demande une autorisation d’agrandir ou de transformer, il faut joindre les plans et une vue (approximative) de la situation avant et après travaux…
    Bonne chance !

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  2. Merci pour vos suggestions, mais oui, j’ai déjà consulté et épluché toutes les sources d’archives iconographiques, comme je le dis dans l’article. La seule image existante de la rue (hors éventuelles photos privées) est une peinture de 1846 signée F.-J. Ford qui, malheureusement, ne montre pas l’angle des rues qui m’intéresse…

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