Guerre de 1870 : à la recherche de la 3e batterie d’Ille-et-Vilaine

Mon arrière-arrière-grand-père, Victor Pierre Yves CARDIN, originaire de Saint-Malo, combattit en 1870 au sein de la 3e batterie d’Ille-et-Vilaine. Lors des « combats de Poisly, près Marchenoir », il réalise un « acte d’éclat » qui lui vaudra la Légion d’honneur l’année suivante. C’est en cherchant à connaître la teneur exacte de son action héroïque que je suis tombée, presque par hasard, sur une série d’articles de presse relatifs à ces combats, publiés par le journal malouin Le Salut en novembre et décembre 1895. Et c’est ainsi qu’est née l’idée de retrouver les descendants de ceux qui ont combattu à ses côtés, pour mieux leur rendre hommage en 2020 lorsque sonnera l’heure des 150 ans de la guerre de 1870.

8 décembre 1870 : bataille de Villorceau,
dite « de Marchenoir »

Le premier article, en date des 29 et 30 novembre 1895, annonce le programme de la journée d’anniversaire de la bataille de Villorceau,
« dite de Marchenoir parce qu’elle fut livrée dans la forêt de ce nom »,
un 25e anniversaire qui sera célébré le 8 décembre suivant.

Le second papier, des 6 et 7 décembre, reproduit un extrait du livre du général Chanzy, la Deuxième Armée de la Loire, « pour apprendre aux jeunes ce que fut cette journée tragique du 8 décembre 1870 ». Des annotations du texte de Chanzy par le journaliste nous permettent de comprendre l’implication des « héros locaux » dans ce combat. Ainsi, lorsque la division Collin (2e du 21e corps de la Deuxième Armée de la Loire) fut prise sous le feu prussien, elle parvint à éteindre ce feu grâce à l’aide de deux pièces de 12 de la réserve, commandées par le lieutenant Guillaume de KERGARIOU ¹. Puis, le général Jaurès, prévenu de l’attaque, déboucha avec sa réserve pour appuyer
sa 2e division. « Il n’hésita pas à lancer en avant deux bataillons des mobilisés de la Sarthe qui, appuyés par une batterie de 12 (cette fois commandée par
le capitaine LEMERY, dont le lieutenant en second est Victor CARDIN ²), s’avancèrent résolument et en bon ordre sous un feu écrasant d’artillerie, et forcèrent l’infanterie ennemie à se retirer. » L’article se conclut par les mots suivants : « C’est cet anniversaire glorieux pour nos armes que les survivants de la 3e batterie d’Ille et Vilaine s’apprêtent à fêter dimanche.
Il n’est pas un patriote, pas un Malouin qui ne veuille s’associer à une telle solennité en priant pour les braves tombés sur le champ de bataille dans cette journée et en venant saluer au passage ceux que la mort a épargnés. »

150 ans plus tard, identifions ces frères d’armes et retrouvons les descendants de ces combattants

Le troisième et dernier article, paru dans le journal daté des 10 et 11 décembre, retranscrit l’intégralité du discours que prononça mon AAGP en cette journée d’anniversaire, nous permettant de découvrir les noms d’un certain nombre de ses compagnons d’armes, que les archives militaires n’ont, elles, pas conservés (elles nous apprennent seulement que la 3e batterie d’Ille-et-Vilaine était composée de 3 officiers, 119 hommes et 85 chevaux – SHD Vincennes, cote GR EL 52).

« Mes chers amis et anciens compagnons d’armes,
Permettez-moi de prendre ici la parole pour retracer brièvement l’historique de la journée du 8 décembre 1870, où notre batterie reçut le baptême du feu, mais où malheureusement succombèrent plusieurs des nôtres, entre autres notre concitoyen Louis PORTALIER ³, brigadier faisant fonction de chef de la sixième pièce.

Vous savez tous que, depuis le 6 décembre, jour de notre arrivée à Marchenoir, le bruit du canon n’avait cessé de se faire entendre près de nous ; aussi nous attendions-nous à chaque instant à marcher au feu.
En effet, le 8 décembre, dès la première heure, toute la réserve de la 2e division du 21e corps dont nous faisions partie fut sur pied.
À dix heures, les deux premières pièces de la 3e batterie étaient dirigées sur Saint-Laurent des Bois ; à midi, les quatre autres pièces se mettaient en marche dans la direction de Lorges : ces quatre pièces longeaient la forêt de Marchenoir, lorsqu’un officier d’état-major arriva, bride abattue, et donna l’ordre au capitaine de couper à travers la forêt, afin de se porter en toute hâte sur la lisière du bois, en avant du village de Poisly, pour remplacer deux batteries qui manquaient de munitions.
La batterie commença le feu à 2 heures ; elle avait à subir le feu de vingt-quatre pièces prussiennes. Aussi nos quatre pauvres pièces furent-elles bientôt décimées, les cinquième et sixième pièces surtout, qui étaient le plus à découvert.
En peu de temps, le chef de la sixième pièce, Portalier, fut blessé mortellement ; le pointeur, Lebreton, tué ; le premier servant de droite, Bodiguet, eut la jambe traversée par un éclat d’obus ; l’auxiliaire de gauche, Labbé, la jambe droite fracassée ; l’auxiliaire de droite, Leroy, blessé à la tête ; enfin, il ne resta que quatre artilleurs pour continuer le service de la pièce : Lemonnier, Huère, Legoubé et Davoust.
À la nuit, l’ordre fut donné d’amener les avant-trains ; les troisième, quatrième et cinquième pièces se portèrent derrière la ferme à laquelle la batterie était appuyée ; la sixième pièce fut laissée momentanément sur le champ de bataille, faute de chevaux pour l’emmener.

Quelque temps après, le capitaine, le lieutenant en second et les servants Huère et Onfray […] retournèrent chercher la sixième pièce.
Malgré les obus prussiens qui continuaient à pleuvoir avec intensité, ils réussirent à ramener leur pièce. Les blessés avaient été éloignés du champ de bataille ; seuls Lebreton et Portalier étaient restés étendus sur le lieu du combat.
Portalier fut relevé par le lieutenant en second et les servants Huère et Onfray, qui le transportèrent à l’ambulance provisoire. […]
Notre ami Portalier est le seul dont le corps ait pu être ramené au pays ; les autres ont été inhumés dans quelque cimetière ignoré : mais nous confondons dans une même pensée les artilleurs défunts, et nous leur disons : Adieu, chers camarades, ou plutôt, au revoir, car nous avons l’espoir de les retrouver un jour là-haut, Dieu devant certainement réserver une place à ceux qui combattent et meurent pour la France, notre patrie bien-aimée. […] À tous nous disons : Adieu ; au revoir ! »

Au-delà de l’émotion que représente pour moi la découverte des mots de mon trisaïeul, j’aimerais que son discours puisse servir à d’autres généalogistes, dont les ancêtres ont également participé à cette bataille.

Si vous reconnaissez l’un des vôtres dans les noms soulignés en gras dans le texte ci-dessus, n’hésitez pas à laisser un commentaire !
Je serai ravie de faire votre connaissance et de partager nos trouvailles concernant cette page d’histoire que fut la bataille de Marchenoir.

 

Ci-dessous, les cotes des dossiers des militaires déjà identifiés :

  1. Guillaume de KERGARIOU : SHD Vincennes, cote GR 5 Ye 56474 et base Léonore de la Légion d’honneur, cote LH 1397 40.
  2. Victor Pierre Yves CARDIN : SHD Vincennes, cote GR 5 Ye 50116 et base Léonore de la Légion d’honneur, cote LH 424 58.
  3. Louis Marie PORTALIER, décès enregistré sur le registre de la ville de Vendôme : AD41, 1MIEC269/R9M, acte n°390, image 1393/1626

 

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Une réflexion sur “Guerre de 1870 : à la recherche de la 3e batterie d’Ille-et-Vilaine

  1. Bonjour
    Officiellement la bataille qui a eu lieu dans cette région ,du 6 au 10 dec 1870 s’appelle la bataille de beaugency cravant ,avec beaucoup de combats touts autours .
    Le 11 novembre dernier le village de saint leonard en beauce a commemoré les evenements qui ont eu lieu autours de marchenoir.Le cure de saint leonard en beauce a noté au jour le jour les evenements,s’adresser a la mairie de saint leonard.
    J’habite a cravant et m’interesse au sujet, une exposition est en preparation

    Eric lemaire

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